Bitcoin, ether, USDT : Sberbank se prépare à prêter aux entreprises contre des cryptomonnaies
Crédit à la russe. Sberbank, première banque du pays, se prépare à prêter aux entreprises contre des garanties en Bitcoin, en Ether et en USDT, une fois la nouvelle loi crypto russe pleinement opérationnelle. L’établissement avait déjà accordé un premier prêt garanti par des cryptomonnaies fin décembre 2025. Il veut maintenant passer de l’expérimentation au produit de catalogue. Et le calendrier ne doit rien au hasard, puisque le texte signé par Vladimir Poutine entre en application le 1er septembre. Sous sanctions depuis 2022, la finance russe cherche des canaux de liquidité que les banques occidentales lui ferment. Le Bitcoin en est un.
- Sberbank a préparé un programme de prêts garantis par des cryptomonnaies, notamment Bitcoin, Ether et USDT, en prévision de la nouvelle loi crypto russe.
- Cette initiative intervient alors que la finance russe cherche des sources de liquidité, les canaux traditionnels étant restreints par les sanctions occidentales.
Sberbank ouvre le guichet crypto, mais pas tout de suite
C’est dans une interview accordée à TASS le 28 août, à quelques jours du Forum économique de l’Est de Vladivostok, qu’Anatoly Popov, vice-président du directoire de Sberbank, a dévoilé la feuille de route.
« Nous nous sommes préparés à l’avance aux changements législatifs et nous avons déjà une expérience pratique du travail avec les cryptomonnaies »
Une fois toutes les dispositions entrées en vigueur, la banque « adaptera ses produits actuels aux nouvelles exigences » et élargira progressivement son offre. Le crédit garanti par des actifs numériques en sera l’axe principal.
Dans l’ordre, le Bitcoin d’abord. L’Ether et le stablecoin Tether suivront quand la Banque de Russie les aura autorisés à la circulation publique. Le même jour, toujours auprès de TASS, Popov décrivait une demande déjà « notable, surtout de la part des mineurs et des entreprises pour lesquelles la crypto est devenue une part significative de leurs actifs ». Ces clients veulent de la liquidité sans vendre leurs bitcoins. La banque discute donc avec le régulateur pour que l’évaluation du collatéral (la garantie apportée) pèse davantage que les seuls ratios financiers classiques de l’emprunteur. Un portefeuille crypto maison est aussi prévu dans les mois qui suivront l’activation de la loi.

Intelion, le galop d’essai qui a tout déclenché
Rien de tout cela ne sort de nulle part. Fin décembre 2025, Sberbank accordait à AO Intelion Data, l’un des plus gros mineurs de Bitcoin du pays, le premier prêt russe garanti par des cryptomonnaies, comme le rapportait alors CoinDesk. Montant non divulgué. Les bitcoins mis en garantie provenaient directement de la production du mineur et sont restés sous la garde de Rutoken, l’outil de conservation développé en interne par la banque, pendant toute la durée du prêt.
Le patron d’Intelion, Timofey Semenov, y voyait un produit à étendre à l’ensemble du secteur minier russe si l’essai tenait ses promesses. Dès février, la banque annonçait vouloir généraliser ces prêts garantis à sa clientèle entreprises. Elle vise d’ailleurs plus large que les mineurs, en ciblant toute entreprise qui détient de la crypto à son bilan. Elle propose déjà des obligations structurées et des actifs financiers numériques indexés sur le Bitcoin et l’Ether, et teste des instruments de finance décentralisée (DeFi). Le crédit sur gage crypto en est la suite logique, enfin, disons plutôt la pièce qui manquait au dispositif.
Loi crypto russe, ou le Bitcoin sous licence du Kremlin
Le cadre légal est tout frais. La loi encadrant la circulation des cryptomonnaies a été signée par Vladimir Poutine début août et ses dispositions centrales s’appliquent à compter du 1er septembre. Le 11 août, la Banque de Russie a proposé de limiter la cotation sur les plateformes régulées aux actifs disposant d’au moins cinq ans d’historique de prix sur les marchés étrangers. Trois noms cochent la case, et ce sont précisément ceux que Sberbank a retenus.
Le dispositif prévoit un plafond de 300 000 roubles par an et par intermédiaire (environ 3 200 euros) pour les particuliers non qualifiés, après un test de connaissances, quand les investisseurs qualifiés n’ont aucune limite. Payer en crypto sur le territoire russe reste interdit. La chaîne complète (bourses, courtiers, sociétés de gestion, dépositaires numériques) doit être agréée par la banque centrale. Cette même banque centrale qui, en 2022, réclamait l’interdiction pure et simple du Bitcoin. Les temps changent, surtout quand les canaux de paiement en dollars se ferment.
Le Bitcoin comme garantie bancaire, c’est le dernier étage d’une fusée que Moscou assemble depuis la fermeture de la plateforme Garantex en mars 2025 et la montée en puissance du stablecoin en roubles A7A5, pensé pour le commerce extérieur sous sanctions. Les banques russes ne se contentent plus de tolérer la crypto, elles la mettent au bilan. Pour les mineurs du pays, qui disposent d’une électricité bon marché mais peinent à convertir leurs bitcoins en roubles sans passer par des circuits gris, un guichet Sberbank, une fois le cadre pleinement opérationnel et les trois actifs autorisés à la circulation publique, vaudra tous les discours sur la dédollarisation.