Telegram : La Russie de Poutine poursuit Pavel Durov pour terrorisme
Conflit entre Moscou et Telegram. Le Service fédéral de sécurité russe (FSB) a inculpé Pavel Durov pour assistance à des activités terroristes et l’a placé sur une liste internationale de personnes recherchées, selon Interfax et Reuters. Les autorités lui reprochent de ne pas avoir supprimé des contenus qui auraient servi à organiser des attaques en Russie. Attention toutefois, cette mesure ne signifie pas qu’Interpol a publié une notice rouge. Il s’agit pour l’instant d’un mandat émis par la justice russe, dont l’exécution à l’étranger dépendra des accords avec les pays concernés.
Points clés
- Le FSB accuse Pavel Durov d’avoir facilité des activités terroristes en laissant certains contenus accessibles sur Telegram.
- La Russie lui reproche également la présence de canaux liés au sabotage, aux assassinats et à la cyberfraude.
- Telegram a reçu plus de 100 millions de roubles d’amendes en Russie depuis janvier.
- L’affaire intervient alors que Telegram prépare l’intégration du wallet non custodial GRAM à ses applications.
Ce que le FSB reproche au fondateur de Telegram
Selon le FSB, Telegram n’aurait pas supprimé des chaînes, groupes de discussion et bots utilisés par les services de renseignement ukrainiens ainsi que par des organisations qualifiées de terroristes ou d’extrémistes par Moscou. Ces espaces auraient servi à coordonner des sabotages, des attentats, des meurtres et des opérations de cyberfraude en Russie.
Pavel Durov est poursuivi au titre de l’article 205.1 du Code pénal russe, consacré à l’assistance aux activités terroristes. L’affaire est instruite en son absence puisque l’entrepreneur réside à Dubaï. Né en Russie, il possède notamment les nationalités française et émiratie.
Ni Pavel Durov ni Telegram n’ont réagi à l’annonce. Par ailleurs, la messagerie revendique plus d’un milliard d’utilisateurs et occupe une place particulière dans la guerre en Ukraine : elle est utilisée aussi bien par les forces russes et ukrainiennes que par les propagandistes, journalistes et opposants politiques des deux camps.

Telegram bloqué en Russie, GRAM attendu dans ses applications
Cette inculpation prolonge plusieurs mois de pression. La Russie a commencé à ralentir Telegram en février avant d’en rendre l’accès très difficile sans VPN au printemps. Moscou accuse l’entreprise de ne pas respecter ses obligations de modération et de coopération avec les autorités. Les amendes prononcées contre la plateforme dépasseraient 100 millions de roubles en 2026, soit environ 1,3 million de dollars.
Dans le même temps, le gouvernement encourage l’utilisation de MAX, une messagerie soutenue par l’État et intégrée progressivement aux services publics russes. Telegram comptait pourtant encore plus de 90 millions d’utilisateurs dans le pays avant le durcissement des restrictions.
M. Durov reste également mis en examen en France depuis son arrestation au Bourget en août 2024. La justice française lui reproche notamment un manque de coopération dans des enquêtes portant sur des activités criminelles organisées via Telegram. Il conteste toute responsabilité personnelle.
L’escalade intervient enfin au moment où Telegram renforce son lien avec The Open Network. Toncoin a été rebaptisé Gram (GRAM) en juin, sans création d’un nouveau jeton ni migration technique. Pavel Durov promet pour cet été l’intégration d’un wallet non custodial dans les applications Telegram, avec des transactions annoncées sans frais pour plus d’un milliard d’utilisateurs.
Le mandat russe ne menace pas directement le fonctionnement mondial de Telegram ou de GRAM. Il rend cependant un retour de Durov en Russie hautement improbable et transforme le bras de fer réglementaire en confrontation judiciaire personnelle.