WikiLeaks, Bitcoin et l’avertissement ignoré de Satoshi Nakamoto – Les Folles Histoires Crypto
Bitcoin et résistance. Il y a 15 ans cette semaine, WikiLeaks sautait le pas. Et avec lui, Bitcoin changeait de statut pour la première fois : d’outil expérimental à instrument de résistance financière. Satoshi Nakamoto, père fondateur de Bitcoin en a perdu le sommeil.
Dans ce troisième article des Folles Histoires Crypto, on fait un petit pas de côté par rapport aux deux premières semaines. La semaine dernière, on racontait le hack de Mt. Gox et le bitcoin tombé à un centime. La semaine d’avant, les deux pizzas de Laszlo et ses 10 000 BTC partis en pepperoni. Aujourd’hui, on reste en 2011, mais on bascule du monde des traders vers celui des lanceurs d’alerte. Et on découvre comment Bitcoin a failli mourir non pas d’un pirate, mais de sa propre gloire politique.
Wikileaks : L’alerte qui a tout déclenché
Petit flash back. Nous sommes fin 2010. WikiLeaks publie des centaines de milliers de câbles diplomatiques américains. La réaction est foudroyante : Visa, Mastercard, PayPal et Bank of America coupent unilatéralement les dons à l’organisation de Julian Assange en décembre 2010, sans décision de justice, sur simple pression politique. Des millions de dollars de dons sont bloqués. WikiLeaks étouffe financièrement.
C’est dans ce contexte qu’un utilisateur du forum Bitcointalk propose, en décembre 2010, que WikiLeaks accepte des dons en bitcoin. L’idée est séduisante : décentralisé, non censuré, impossible à bloquer. Elle fait son chemin rapidement.

« Je voulais envoyer une lettre à Wikileaks au sujet du Bitcoin, car malheureusement, ils ont connu plusieurs incidents où leurs fonds ont été saisis par le passé. »
La réponse de Satoshi Nakamoto
Satoshi Nakamoto, encore actif sur Bitcointalk à l’époque, réagit avec une fébrilité inhabituelle pour quelqu’un d’aussi discret. Il écrit directement dans le fil de discussion :

« Non, ne cherchez pas les ennuis. Le projet doit se développer progressivement afin que le logiciel puisse être amélioré au fur et à mesure. J’en appelle à WikiLeaks : n’essayez pas d’utiliser Bitcoin. Bitcoin est une petite communauté bêta encore à ses balbutiements. Vous n’en tireriez que des miettes, et les réactions que vous susciteriez risqueraient de nous anéantir à ce stade. »
C’est l’un de ses derniers messages publics. Quelques semaines plus tard, il disparaît définitivement, passant la main à Gavin Andresen dans un email daté du 26 avril 2011, dont la teneur a été rendue publique par Gavin lui-même. Sa crainte est réelle et lucide : si Bitcoin devient l’outil de WikiLeaks, les gouvernements vont s’y intéresser de très près. Trop tôt. Le protocole n’est pas encore prêt à encaisser cette pression.
Juin 2011 : WikiLeaks saute le pas
Satoshi n’est plus là pour protester. En juin 2011, WikiLeaks annonce officiellement accepter les dons en bitcoin via son site. L’effet est immédiat : une vague de nouveaux utilisateurs découvrent Bitcoin non plus comme une curiosité technologique, mais comme un outil de résistance financière concrète.
L’Electronic Frontier Foundation, organisation à but non lucratif américaine fondée en 1990 à San Francisco et l’une des principales défenseuses des libertés civiles dans l’ère numérique elle, fait le chemin inverse : elle arrête d’accepter les bitcoins ce même mois, jugeant la situation légalement et symboliquement trop incertaine. Elle a repris les dons en Bitcoin en 2013 et les accepte toujours aujourd’hui.
Ces deux réactions diamétralement opposées face au même événement préfigurent tous les débats à venir sur la nature de Bitcoin : arme de liberté ou risque réglementaire ?

Bitcoin, toujours plus fort
Ce que Satoshi redoutait s’est produit, et Bitcoin en est sorti plus fort. Les régulateurs se sont intéressés à la cryptomonnaie, des sénateurs américains ont réclamé des enquêtes, mais l’arbre était déjà trop grand pour être abattu.
L’ironie de l’histoire : c’est peut-être ce moment de tension maximale qui a donné à Bitcoin sa légitimité politique durable. Un outil suffisamment menaçant pour qu’on veuille le réguler devient, presque mécaniquement, un outil qu’on ne peut plus ignorer.
Julian Assange : un combat qui continue
Julian Assange, figure emblématique de cette saga, a finalement retrouvé la liberté en juin 2024 après des années de détention. Son combat acharné pour la transparence et contre la surveillance d’État a marqué une génération entière de défenseurs des libertés numériques. Bitcoin lui a permis de survivre financièrement là où les institutions traditionnelles avaient tenté de l’étouffer. Mais ça, c’est une autre histoire.
A la semaine prochaine !