Crypto, finance et régulation : l’Europe peut-elle rattraper le coup face au Royaume-Uni ?
London calling. Alors que le Royaume-Uni a récemment mis en place une réforme importante pour stimuler l’innovation et la compétitivité dans le secteur financier, les régulateurs de l’Union européenne sont désormais sous pression pour suivre cet exemple. Des dirigeants de grandes institutions financières, dont Zurich et BNP Paribas, appellent l’UE à adopter une approche similaire pour ne pas se laisser distancer. Cette demande intervient alors que l’Europe cherche à renforcer son marché unique des capitaux, un projet qui pourrait être crucial pour maintenir sa compétitivité face aux États-Unis et à la Chine.
- Le Royaume-Uni a récemment introduit une réforme pour stimuler l’innovation et la compétitivité dans le secteur financier, suscitant une pression sur l’Union européenne pour suivre cet exemple.
- Des dirigeants de grandes institutions financières, dont Zurich et BNP Paribas, ont exhorté l’UE à adopter des mesures similaires afin de ne pas perdre de terrain face aux États-Unis et à la Chine.
Royaume-Uni vs Union européenne : Deux approches de la régulation financière
Le Royaume-Uni, sous la houlette du chancelier de l’Échiquier (équivalent du ministre de l’Économie et des Finances en France) Jeremy Hunt, a introduit une réforme qui oblige les régulateurs financiers à soutenir la croissance économique et la compétitivité internationale. Cette initiative, saluée par le secteur financier, vise à faire de Londres un hub mondial de l’innovation financière, notamment dans des domaines comme la cryptomonnaie et la finance dite verte.
En revanche, l’Union européenne, bien que travaillant sur une Union des marchés des capitaux (UMC), un projet lancé en 2015, n’a pas encore pris de mesures aussi innovantes. Ce projet vise en effet à créer un marché unique pour les capitaux, facilitant ainsi les investissements transfrontaliers et l’accès au financement pour les entreprises européennes.
Dans une lettre adressée à Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne, et à Maithreyi Seetharaman, présidente de la plateforme des régulateurs financiers de l’UE, des dirigeants de groupes financiers majeurs, tels que Zurich Insurance Group et BNP Paribas, ont exhorté l’Europe à adopter des objectifs similaires à ceux du Royaume-Uni :
« Nous pensons qu’un objectif formel de soutien à la croissance et à la compétitivité, reflété dans le cadre de gouvernance des autorités de surveillance, contribuerait à garantir que l’UE reste compétitive au niveau mondial. »
Lettre ouverte de dirigeants de groupes financiers européens – Source : Financial Times

Les défis de l’Union des marchés des capitaux en Europe
Les signataires, dont Mario Greco de Zurich et Jean Lemierre de BNP Paribas, soulignent que sans une telle approche, l’Europe risque de perdre du terrain face aux États-Unis et à la Chine, qui investissent massivement dans leurs propres marchés financiers.
Bien que l’UMC soit une priorité pour la Commission européenne, le projet rencontre plusieurs obstacles. La diversité des systèmes juridiques et fiscaux entre les États membres complique la mise en place d’un cadre harmonisé. De plus, la réticence de certains pays à céder une partie de leur souveraineté financière freine les avancées.
Pourtant, l’UMC est essentielle pour réduire la dépendance de l’Europe aux financements bancaires, en développant des alternatives comme le marché obligataire ou le capital-risque. Cela permettrait également de mieux répartir les risques financiers à travers le continent, renforçant ainsi la résilience de l’économie européenne face aux chocs externes.
Alors que le Royaume-Uni avance à grands pas pour moderniser sa régulation financière, l’Union européenne est appelée à accélérer ses efforts pour ne pas rester à la traîne. La compétitivité du secteur financier européen est en jeu, et avec elle, la capacité du continent à jouer un rôle de premier plan sur la scène économique mondiale. Les prochains mois seront décisifs pour voir si l’Europe saura relever ce défi et répondre aux attentes des acteurs du marché. Ou pas.