La tokenisation, une arnaque ? La Chine déclare la guerre aux RWA
Le dragon anti-crypto. L’histoire entre la Chine et la crypto ressemble à un vieux « je t’aime, moi non plus » où le « non plus » finit toujours par gagner. Alors que le monde de la finance décentralisée (DeFi) ne jure plus que par les RWA (Real World Assets), numérisation d’actifs bien réels comme l’immobilier ou les obligations, Pékin vient de siffler la fin de la récré. Le message est clair : circulez, il n’y a rien à tokeniser. On fait le point dans cet article.
- La Chine a renforcé ses restrictions sur les actifs numériques, mettant un terme à la tokenisation des actifs réels.
- Cette décision vise à empêcher la fuite de capitaux en dehors de son contrôle, illustrant sa priorité pour la stabilité monétaire.
Les RWA, le nouveau cauchemar du régulateur chinois
Pour ceux qui auraient raté un épisode, les RWA consistent à mettre des actifs du monde physique sur la blockchain. C’est sexy, c’est efficace, et c’est surtout un excellent moyen de déplacer de la valeur sans passer par le guichet de la banque du coin. Et c’est précisément là que le bât blesse pour le Parti.
En effet, le gouvernement chinois ne fait pas une allergie à la technologie, mais à tout ce qui échappe à son contrôle. En interdisant les activités liées aux RWA, la Chine cherche avant tout à boucher les trous dans sa Grande Muraille financière.
Autoriser la tokenisation d’actifs, c’est offrir sur un plateau d’argent une porte de sortie pour les capitaux qui cherchent à fuir le pays. En gros, si vous pouvez transformer votre appartement à Shanghai en tokens échangeables contre des stablecoins, le contrôle des changes devient un lointain souvenir.
Une mise en garde collective d’ampleur contre les RWA en Chine
Dans les faits, cette offensive ne sort pas d’un chapeau de magicien, mais d’une mise en garde collective d’une ampleur inédite.
Ce sont pas moins de sept associations sectorielles majeures, incluant les piliers de la banque, des valeurs mobilières, des fonds, ou encore du paiement et de la compensation, qui ont publié conjointement un document intitulé « Conseils sur les risques liés à la prévention des activités illégales impliquant des monnaies virtuelles ». La lettre originale a été publiée en mandarin début décembre par les autorités chinoises. Janvier 2026 marque le début de l’application concrète.
Pour la première fois, le régulateur ne tourne plus autour du pot : les RWA sont nommément cités et placés sur le même banc d’infamie que les « aircoins » et les systèmes de Ponzi. En qualifiant la tokenisation d’actifs d’activité financière illégale non autorisée, Pékin ferme la porte à toute « zone grise » technologique.
Par ailleurs, l’analyse de WuBlockchain nous apprend qu’un employé en Chine travaillant pour un projet RWA basé à Singapour ou Dubaï, est désormais pénalement responsable. La Chine ne reconnaît plus la protection des structures étrangères pour ses résidents. Aussi, la notion de « devrait savoir » (should have known) apparait dans ce texte. Ainsi, une agence marketing, un développeur en freelance ou même un KOL (influenceur) qui fournit des services à un projet RWA, la justice partira du principe que nul ne peut ignorer la loi.

Un grand bond en arrière pour la DeFi ?
On ne va pas se mentir, cette décision n’est pas une surprise totale, mais elle jette un froid. On espérait que la Chine assouplirait sa position via la fenêtre ouverte de Hong Kong. Manqué. C’est même l’inverse qui a lieu puisque, récemment, la Chine a réaffirmé son interdiction des cryptomonnaies et promet une répression accrue.
Pour les protocoles DeFi, c’est une part énorme du gâteau qui s’envole. On parle d’un marché potentiel de plusieurs milliards de dollars. Si la Chine ferme ses portes, les acteurs du secteur vont devoir redoubler d’efforts pour séduire l’Oncle Sam ou l’Europe (coucou MiCA), qui, bien que tatillons sur la régulation, n’ont pas encore décrété la guerre totale aux actifs numériques.
En fin de compte, la Chine reste fidèle à sa ligne de conduite : la stabilité monétaire passe avant l’effervescence technologique. Les RWA continueront de se développer, avec ou sans Pékin, mais le paysage crypto mondial vient de perdre l’un de ses plus gros moteurs potentiels.