Revolut alerte les autorités anglaises : possible blanchiment d’argent via sa plateforme

Mais argent blanchi ne veut pas forcément dire crypto concernée. Le Financial Times a été le premier à en parler le 17 juillet : Revolut aurait alerté les gendarmes financiers anglais à propos de certains mouvements suspects, peut-être en lien avec du blanchiment d’argent.

Si l’on prend le temps de vous en parler, c’est parce que, comme vous le savez peut-être déjà, Revolut fait partie des entreprises relativement crypto-friendly : elle a ouvert des CFD (Contrats sur la Différence) adossés à Bitcoin puis à d’autres altcoins depuis le début de l’année 2018, permettant à ses clients d’obtenir une exposition aux variations des cours de ces cryptomonnaies.

La compagnie a ainsi vu son nombre d’utilisateurs doubler sur les six derniers mois : créée courant 2015, l’entreprise compte désormais près de 2,25 millions de clients à travers le monde, dont 275 000 en France. Revolut a donc directement fait part de ses doutes aux deux organismes de régulation anglais que sont la National Crime Agency (NCA) et la Financial Conduct Authority (FCA).

L’entreprise expliquait notamment avoir communiqué avec la NCA comme cela se fait habituellement en pareille situation, mais aussi avec la FCA de façon anticipée. En temps normal, la NCA est l’intermédiaire à contacter en premier lieu, et la FCA ne doit rentrer dans la partie que lorsque des éléments matériels suffisamment convaincants existent. Revolut explique avoir directement prévenu la FCA par précaution et entend que cela soit perçu par les régulateurs comme un signe de bonne foi.

La potentielle fragilité de Revolut, qui expliquerait peut-être que certains intervenants mal intentionnés essaient de truander, est que la majeure partie des processus de vérification bancaire KYC sont automatisés par l’entreprise : la vérification initiale d’identité à l’ouverture du compte est sous-traitée à Onfido, entreprise spécialisée dans le domaine. Onfido utilise un mélange de reconnaissance ID et d’algorithmes maison pour valider l’inscription initiale.

KYC

La légitimité et le degré de risque d’une transaction donnée est ensuite principalement traitée automatiquement par des procédés automatisés développés par Revolut ; et c’est seulement si une transaction présente un degré élevé de risques qu’elle est traitée manuellement par le staff de Revolut. Cette répartition s’explique selon Revolut par le fait que là où les banques classiques ont des départements entiers dédiés à ce suivi, la néo-banque ne compte pour sa part que très peu d’employés en comparaison : 40 à 50 analystes (basés au Royaume-Uni et en Pologne) et 80 employés de support technique et développement (basés en Russie).

Les chiffres précis des sommes potentiellement concernées par ce blanchiment tout aussi potentiel n’ont cependant pas été communiqués par l’entreprise. Reste que les processus et limitations internes de Revolut limitent spontanément tout utilisateur classique à un maximum de 30 000€ déposés par an sur un compte. Pour tout dépôt supplémentaire, la provenance des fonds est censée être justifiée dans les règles par l’utilisateur auprès du support de Revolut. Le risque peut donc sembler théoriquement mitigé dans ces conditions.

Revolut a publiquement pris la parole depuis, pour préciser que la FCA avait renouvelé en mai de cette année leur licence de Prestataire de Société de Paiements électroniques dans l’Espace Économique Européen (EEE), preuve supplémentaire selon la néo-banque de sa conformité stricte avec les lois en vigueur. Vous pouvez d’ailleurs trouver ledit renouvellement de licence ici.

Dans le même temps, l’entreprise tente actuellement d’obtenir une licence bancaire complète en Lituanie, ayant abandonné l’idée d’obtenir cette licence au Royaume-Uni du fait du Brexit prochain. Elle prévoit également de s’étendre à d’autres pays prochainement, notamment aux USA et au Canada, ainsi qu’en Asie et en Australie.

Sources : cBanque ; Agefi ; twitter || Images from Shutterstock

Grégory Mohet-Guittard

Je fais des trucs au JDC depuis 2018. En ce moment, souvent en podcast et la tête dans le nuage.