Qu’est-ce que World Liberty Financial (WLFI) ? Le projet DeFi de la famille Trump
Un président des États-Unis qui lance un protocole de finance décentralisée, son jeune fils de 18 ans nommé « ambassadeur Web3 », un stablecoin adossé au Trésor américain custodié par BitGo et des accusations d’auto-emprunt qui font plonger le token de 80 %… World Liberty Financial concentre tout ce que le marché crypto contient de promesses, de tensions réglementaires et de questions de gouvernance en un seul projet.
World Liberty Financial (WLF) est un protocole de finance décentralisée (DeFi) fondé en septembre 2024 et dont la gouvernance et les revenus sont étroitement liés à la famille de Donald Trump. Le jeton natif WLFI sert à voter sur les propositions de gouvernance du protocole. WLF propose un stablecoin dollar (USD1), une plateforme de prêt/emprunt (World Liberty Markets, basée sur Dolomite) et un SDK de paiement pour agents IA (AgentPay). Au moment de la rédaction en avril 2026, le WLFI s’échange aux alentours de 0,08 $ pour une capitalisation d’environ 2,5 milliards de dollars, en recul de 80 % par rapport à son sommet historique de 0,46 $. L’offre totale est de 100 milliards de jetons, dont environ 30 milliards en circulation.
Sommaire
Qu’est-ce que World Liberty Financial ?
World Liberty Financial est un protocole DeFi dont l’ambition affichée est de créer un pont entre la finance traditionnelle (TradFi) et la finance décentralisée. Le protocole opère sur Ethereum et propose trois produits principaux. Le stablecoin USD1, lancé en mars 2025, est un dollar numérique adossé 1:1 à des réserves composées de dépôts en dollars, de bons du Trésor américain et d’équivalents de trésorerie, gérées par Fidelity Investments et conservées par BitGo Trust Company. L’USD1 est déployé sur Ethereum et BNB Chain, avec une interopérabilité assurée par Chainlink CCIP. Pas de frais de mint ni de rachat direct, ce qui le positionne comme un concurrent de l’USDC et de l’USDT sur le créneau institutionnel.
World Liberty Markets, le deuxième pilier, est une plateforme de prêt et d’emprunt construite sur le protocole Dolomite. Les utilisateurs peuvent déposer des stablecoins (USD1, USDC) et d’autres actifs en collatéral pour emprunter. Le troisième produit, AgentPay SDK, permet aux agents IA d’effectuer des paiements et de gérer des fonds avec des politiques de sécurité intégrées, un positionnement au croisement de la DeFi et de l’IA agentique.
Histoire et controverses
Le projet est fondé en septembre 2024 par Zachary Folkman, Chase Herro, Alex Witkoff et Zach Witkoff (fils de Steve Witkoff, envoyé spécial américain au Moyen-Orient). Donald Trump est désigné « Chief Crypto Advocate » ; Eric Trump, Donald Trump Jr. et Barron Trump (18 ans à l’époque) sont listés comme « Web3 Ambassadors ». Le CTO du protocole est Corey Caplan, également cofondateur de Dolomite, la plateforme de lending sur laquelle World Liberty Markets est construite.
La première vente de jetons, en octobre 2024, démarre lentement : moins de 4 % des WLFI proposés sont écoulés dans les premières semaines. L’élection de Donald Trump à la présidence en novembre 2024 change la donne. Le volume de vente explose, et le prix du WLFI monte en flèche. En février 2026, une participation de 49 % dans l’entreprise est cédée pour 500 millions de dollars à une entité liée à la famille royale d’Abou Dabi, quelques jours avant l’investiture de Trump. L’opération soulève des questions sur les conflits d’intérêts entre la fonction présidentielle et les intérêts financiers privés.
La distribution des jetons concentre les critiques. La famille Trump et ses affiliés reçoivent 22,5 milliards de WLFI (22,5 % de l’offre totale). La famille perçoit 75 % des revenus nets issus des ventes de jetons et une part des profits générés par l’USD1. En avril 2026, la controverse atteint un nouveau palier : la trésorerie de WLF utilise environ 3 milliards de ses propres jetons WLFI comme collatéral pour emprunter 75 millions de dollars en stablecoins (dont des USD1) sur Dolomite, la plateforme cofondée par le propre CTO du projet. L’opération draine le pool de liquidité USD1, pousse le taux d’utilisation à 100 % et empêche temporairement les déposants tiers de retirer leurs fonds. Le taux de dépôt USD1 grimpe à 35 % APR. Justin Sun, investisseur précoce du projet, dénonce publiquement l’existence d’une fonction « backdoor » dans les smart contracts permettant de geler les fonds des utilisateurs. Le WLFI touche son plus bas historique.
WLF qualifie les critiques de « FUD » et se présente comme un « emprunteur d’ancrage » (anchor borrower) destiné à générer du rendement pour les déposants. Le 13 avril 2026, le protocole mint 25 millions de nouveaux USD1 et en brûle 3 millions, dans une opération de rééquilibrage de trésorerie.
Adoption et intégrations
L’USD1 est intégré dans plusieurs protocoles DeFi : ListaDAO, Venus Protocol, Falcon Finance et la plateforme de prédiction Myriad. Des accords avec des entités souveraines ont été annoncés : le Pakistan a évoqué l’intégration de l’USD1 dans ses systèmes de paiement. Le projet a déposé une demande de licence bancaire nationale aux États-Unis pour « World Liberty Trust ». L’intégration avec Aave V3 est mentionnée dans la documentation mais n’est pas opérationnelle en avril 2026.

Tokenomics du WLFI
L’offre totale du WLFI est de 100 milliards de jetons. La distribution est concentrée : 22,5 milliards pour la famille Trump et ses affiliés, le reste réparti entre ventes publiques, trésorerie du protocole et récompenses écosystème. Environ 70 % de l’offre totale est détenue par des initiés. Le WLFI est un jeton de gouvernance : il donne le droit de vote sur les propositions du protocole mais ne confère ni dividende ni droit sur les revenus, une distinction juridique que le projet met en avant pour se conformer au cadre réglementaire américain sur les titres financiers.
En avril 2026, environ 30 milliards de WLFI circulent, dont une part significative est bloquée en collatéral sur Dolomite. Le jeton n’est pas listé sur les grandes plateformes centralisées américaines (Coinbase, Kraken) au moment de la rédaction.
Comment acheter du WLFI ?
Le WLFI est disponible sur un nombre limité de plateformes d’échange. Bybit, Binance et Finst le proposent sur leurs marchés spot. Le guide pour acheter des cryptomonnaies détaille le parcours complet. Le jeton étant un ERC-20 sur Ethereum, le retrait vers un portefeuille non dépositaire se fait sur le réseau Ethereum.
L’équipe derrière World Liberty Financial
Zachary Folkman et Chase Herro sont les opérateurs quotidiens du protocole. Folkman a un passé dans le marketing numérique et les entreprises à vocation financière. Herro se présente comme un serial entrepreneur crypto. Zach Witkoff et Alex Witkoff, fils de Steve Witkoff (homme d’affaires immobilier et envoyé spécial de Trump au Moyen-Orient), assurent le développement commercial. Corey Caplan, CTO, est cofondateur de Dolomite, ce qui crée un lien de dépendance technique et économique entre le protocole de lending et World Liberty Financial.
Notre avis sur World Liberty Financial (WLFI)
World Liberty Financial est un projet unique dans le marché crypto : un protocole DeFi dont la valeur est indexée sur le capital politique d’un président en exercice. L’USD1 a un design sérieux (réserves Fidelity, custodian BitGo, interopérabilité CCIP), et la base d’utilisateurs potentiels que confère l’exposition médiatique de la famille Trump est sans équivalent. Le dépôt d’une demande de licence bancaire, s’il aboutit, placerait WLF dans un cadre réglementaire que très peu de protocoles DeFi ont atteint.
Les risques sont exceptionnellement concentrés. La distribution des jetons (22,5 % pour la famille Trump, 70 % d’initiés), la structure de revenus (75 % des ventes pour les fondateurs), l’épisode de l’auto-emprunt sur Dolomite (75 millions empruntés avec ses propres jetons comme collatéral, pool drainé à 100 %), la double casquette du CTO cofondateur de la plateforme de lending : chaque couche du projet révèle un conflit d’intérêts qui serait rédhibitoire dans la finance traditionnelle. La fonction de gel de fonds dans les smart contracts, dénoncée par Justin Sun, pose un problème de censurabilité incompatible avec les principes de la DeFi. La chute de 80 % du WLFI depuis son sommet n’est pas un accident de marché : c’est la traduction de ces risques par les investisseurs.
Le sort du projet est indissociable du calendrier politique américain. Un changement d’administration, une enquête du Congrès, ou un retournement réglementaire sur les stablecoins pourrait transformer le principal atout du protocole (la proximité avec le pouvoir) en son principal handicap. Pour un investisseur, le WLFI est un pari politique autant que financier, et la frontière entre les deux n’a jamais été aussi mince.