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La SEC ouvre 5 ans d’exemption pour les actions tokenisées on-chain (pas les synthétiques)

https://x.com/SECGov/status/2100571317128888364

Le verrou saute. La SEC a approuvé une exemption temporaire autorisant l’échange d’actions américaines tokenisées sur des plateformes on-chain régulées. Le périmètre reste étroit et la durée bornée à cinq ans. Malgré tout, des titres cotés à Wall Street peuvent désormais s’échanger sous forme de tokens depuis le sol américain.

Coinbase, Kraken, Robinhood et le Nasdaq réclamaient ce feu vert depuis des mois. Paul Atkins en avait esquissé le principe dès l’été 2025, sous le nom d’« innovation exemption ». Il l’avait d’ailleurs présenté au moment de lancer son chantier Project Crypto.

Points clés

  • La SEC ouvre, pour cinq ans, le trading on-chain de titres américains via des plateformes agréées (TSV) et des teneurs de marché automatisés.
  • Coinbase, Kraken, Robinhood, Ondo et le Nasdaq attendaient ce feu vert, promis par Paul Atkins sous le nom d’« innovation exemption ».
  • Le marché des actions tokenisées est passé de quelques dizaines de millions de dollars début 2025 à près de 2,8 milliards de dollars (au 17 septembre 2026), d’après RWA.xyz.
  • La SIFMA réclamait un refus, tandis que la commissaire Hester Peirce maintient que les titres tokenisés restent des titres financiers.

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Actions tokenisées : ce que la SEC autorise vraiment

Une exemption ne réécrit pas la loi. Elle suspend l’application de certaines obligations, pour une durée déterminée et sous conditions, au profit d’acteurs identifiés. Le dispositif ne couvre pas l’ensemble des courtiers-négociants et ATS. Il cible spécifiquement les Tokenized Securities Venues (TSV), des plateformes à accès permissionné. Elles négocient via des teneurs de marché automatisés et des pools de liquidité, eux-mêmes agréés. Un second volet exonère ces teneurs de marché, dits « Covered Firms », de la définition de dealer. Concrètement, ils échappent à ce statut lorsqu’ils interviennent avec leurs propres capitaux. Enfin, le texte de l’ordonnance fixe le reste : titres éligibles, plafonds d’encours, obligations d’information, règles de conservation, date d’extinction du régime.

Deux façons de tokeniser une action

Un token adossé à une action Apple ne fait pas d’Apple une cryptomonnaie. Concrètement, deux modèles coexistent aujourd’hui. Le premier repose sur un émetteur tiers : il achète le titre, le place en conservation et émet un token adossé un pour un. Par exemple, c’est le principe des xStocks, conçus par Backed et déployés sur Solana. À l’inverse, le second inscrit le titre directement dans un registre blockchain, l’émetteur reconnaissant le porteur du token comme actionnaire. Le premier procure une exposition économique avec répercussion des dividendes, sans droit de vote. Ici, le second promet les droits attachés à l’action elle-même et suppose que l’entreprise et son teneur de registre suivent.

L’exemption de la SEC ne couvre que ce second modèle. Les tokens synthétiques, comme les xStocks, qui répliquent un cours sans droits d’actionnaire, restent donc hors du dispositif.

Le gain opérationnel, lui, se mesure sans théorie. Le règlement prend quelques secondes, contre un cycle T+1 (livraison le lendemain) sur les marchés actions américains. La négociation devient possible le week-end, et le fractionnement descend jusqu’au centième d’action. Enfin, il devient même possible de déposer le titre en garantie dans un protocole DeFi. C’est cette dernière brique qui intéresse le plus les développeurs, et qui inquiète le plus les régulateurs.

Wall Street on-chain : les plateformes déjà en ordre de bataille

Kraken a ouvert le bal en juin 2025, avec une soixantaine d’actions et d’ETF américains tokenisés. Pour l’heure, l’offre restait réservée à sa clientèle hors des États-Unis.

Robinhood a lancé la même semaine son offre européenne. L’opération a vite tourné à l’incident, avec des tokens censés suivre la valorisation d’OpenAI et de SpaceX. En retour, OpenAI avait publiquement démenti tout partenariat et rappelé que ces tokens ne représentaient aucune part de son capital. De son côté, Ondo Finance a suivi à l’automne avec plus d’une centaine de titres tokenisés, toujours fermés aux résidents américains.

Le Nasdaq, de son côté, a déposé une demande de modification de règles pour coter des versions tokenisées de titres déjà listés. Le règlement resterait assuré par la DTCC, le dépositaire central américain. Coinbase en a fait une priorité affichée depuis plus d’un an. De fait, la plateforme attendait précisément ce type d’exemption pour ouvrir le service à ses clients américains.

Le marché des actions tokenisées reste modeste. Ainsi, il est passé de quelques dizaines de millions de dollars début 2025 à près de 2,8 milliards de dollars au 17 septembre 2026, selon RWA.xyz. À l’échelle de l’ensemble des actifs réels tokenisés hors stablecoins, le total atteint environ 38,5 milliards de dollars.

Une exemption contestée jusque dans les rangs de la SEC

La SIFMA, principal lobby des banques et courtiers américains, avait demandé à la Commission de refuser toute dérogation de ce type. Son argument : laisser des plateformes crypto négocier des actions hors du cadre des bourses nationales fabriquerait un marché parallèle. Du coup, ce marché offrirait moins d’obligations et une liquidité plus fragmentée. Sur le fond, l’association réclamait un débat réglementaire complet plutôt qu’une mesure d’exception.

Hester Peirce pilote, au sein de la SEC, le groupe de travail sur les actifs numériques. Elle avait posé la limite dès l’été 2025.

« Aussi puissante que soit la technologie blockchain, elle ne possède pas le pouvoir magique de transformer la nature de l’actif sous-jacent. Les titres tokenisés restent des titres.»

Hester Peirce, commissaire de la SEC et responsable du groupe de travail sur les cryptoactifs

L’exemption ne contredit pas cette position, elle l’organise. Les tokens échangés restent des titres financiers soumis au droit boursier américain. Identification des clients, obligations de reporting, responsabilité de l’intermédiaire : rien ne change sur ce plan. En clair, le régulateur accepte simplement que la technique d’enregistrement change. Il garde pour autant la main sur le robinet, grâce à une durée de validité limitée.

Le dossier du Nasdaq attend toujours sa décision. C’est pourtant lui qui arbitrera l’échelle réelle de ce marché. D’un côté pèsent quelques centaines de millions de dollars d’expérimentation. De l’autre s’étalent les dizaines de milliers de milliards de dollars de la cote américaine. À terme, les données collectées pendant la période d’exemption serviront de matière première à la règle permanente. Dans les faits, la Commission l’a déjà inscrite à son agenda.

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