Circle lance Arc : L’USDC a désormais sa propre blockchain
L’émetteur de l’USDC change de dimension. Circle vient d’ouvrir Arc, sa blockchain maison dédiée aux paiements, aux actifs tokenisés et à la finance institutionnelle. Le groupe coté au NYSE sous le ticker CRCL s’attaque désormais aux rails qui transportent ses 74 milliards de dollars d’USDC en circulation.
Le lancement intervient alors que banques, processeurs de paiement et rivaux directs déploient chacun leur propre infrastructure. Circle y joue aussi un modèle économique encore suspendu aux taux directeurs américains.
Points clés
- Arc est une couche 1 compatible EVM où les frais de transaction se paient directement en USDC, sans jeton de gas volatil.
- Finalité sous la seconde via le moteur de consensus Malachite, moteur de change intégré et confidentialité optionnelle des montants.
- Circle veut des revenus de réseau : en 2024, la quasi-totalité de ses 1,68 milliard de dollars de revenus venait des intérêts sur réserves.
- Tether (Plasma), Stripe (Tempo), Google et JPMorgan déploient également leurs propres rails de paiement.
Arc, la blockchain que Circle taille pour les paiements
Arc est compatible avec l’EVM (Ethereum Virtual Machine), la machine virtuelle d’Ethereum. Les développeurs peuvent donc y redéployer leurs contrats intelligents sans réécrire leur code. La singularité se niche dans le carburant, puisque les frais de transaction se règlent en USDC, sans jeton volatil intermédiaire. Une direction financière peut ainsi budgéter ses coûts de règlement en dollars.
Le consensus repose sur Malachite, un moteur BFT (Byzantine Fault Tolerance, soit la tolérance aux pannes byzantines) signé Informal Systems. Circle promet une finalité déterministe sous la seconde : une fois validée, la transaction devient irrévocable, sans attendre l’empilement de plusieurs blocs comme sur Bitcoin ou Ethereum. Pour un règlement interbancaire, la différence se compte en heures de trésorerie immobilisée.
Deux briques visent directement les entreprises. Un moteur de change intégré permet de passer d’un stablecoin à l’autre, de l’USDC vers l’EURC par exemple, dans la même transaction. Une confidentialité optionnelle masque les montants tout en laissant les données accessibles aux auditeurs et aux régulateurs. Aucun directeur financier n’accepte d’afficher sa masse salariale ou ses paiements fournisseurs sur un registre public.
Le réseau a tourné en testnet public depuis l’automne 2025, avec plus d’une centaine d’entreprises et d’institutions à bord. L’ensemble des validateurs reste restreint au démarrage, Circle promettant une ouverture progressive. La critique est déjà sur la table : l’émetteur du stablecoin opère également la chaîne qui le transporte. Les institutions visées y voient surtout un responsable identifiable en cas d’incident.

Au-delà de l’USDC, Circle cherche des revenus qui ne dépendent plus de la Fed
Circle a déclaré 1,68 milliard de dollars de revenus en 2024. La quasi-totalité provenait des intérêts perçus sur les réserves de l’USDC, placées en bons du Trésor américain et en dépôts bancaires. Plus de 900 millions de dollars sont ensuite repartis vers Coinbase au titre des accords de distribution du stablecoin.
Le prospectus d’introduction en bourse chiffrait la fragilité de cette équation : une baisse de 200 points de base des taux rognerait les revenus de réserve de plusieurs centaines de millions de dollars à encours constant. La Réserve fédérale a depuis engagé son cycle de détente monétaire. L’action CRCL, introduite à 31 dollars en juin 2025, a dépassé 290 dollars durant l’été avant de refluer, les investisseurs guettant précisément cette diversification.
D’où l’empilement de nouveaux étages. Circle Payments Network relie banques et prestataires pour des règlements transfrontaliers en stablecoins. Le rachat de Hashnote a fait entrer USYC, un fonds monétaire tokenisé utilisable comme collatéral. Arc apporte la brique qui facture l’usage, puisque chaque transaction consomme des USDC en frais et chaque application déployée dessus nourrit la demande pour le jeton maison.
La réglementation a rendu ce virage nécessaire. Le GENIUS Act, promulgué en juillet 2025, a posé le premier régime fédéral américain pour les stablecoins de paiement et interdit aux émetteurs de servir un rendement à leurs porteurs. Circle a déposé une demande de charte auprès de l’OCC (Office of the Comptroller of the Currency), le régulateur des banques nationales, pour conserver lui-même les réserves adossées à l’USDC.

Stablecoins : La course aux blockchains maison s’accélère
Arc débarque cependant dans un couloir encombré. Tether a soutenu Plasma, chaîne dédiée aux transferts d’USDT sans frais, avant d’appuyer Stable dans l’orbite de Bitfinex. Stripe développe Tempo avec Paradigm, pensée pour les paiements marchands. Google Cloud pousse son Universal Ledger auprès des institutions financières.
Les banques ne regardent plus la scène de loin. JPMorgan a émis son jeton de dépôt JPMD sur Base, la couche 2 de Coinbase. Western Union prépare un stablecoin dollar sur Solana. Chaque acteur arrive avec son propre réseau de distribution, ce qui fragmente la liquidité que les stablecoins avaient commencé à unifier.
Le juge de paix sera la migration des volumes. L’essentiel des 74 milliards d’USDC en circulation vit encore sur Ethereum, Solana et Base, et Circle continue d’émettre nativement son stablecoin sur une vingtaine de réseaux via CCTP, son protocole de transfert interchaînes. Arc devra capter des flux réels comme la paie, les règlements de gros et le collatéral tokenisé pour commencer à peser face aux intérêts des bons du Trésor.