Taxer « l’argent fantôme » : Le pari fou des Pays-Bas sur vos plus-values non réalisées
Taxe sur l’imaginaire. Dans la famille des taxes, on connaissait la taxe sur la fortune, sur la propriété, celle sur les revenus, mais voici que les Pays-Bas s’attaquent à la « richesse virtuelle ». Dès 2028, si votre portefeuille de Bitcoin ou vos actions Nvidia grimpent en flèche, vous devrez passer à la caisse à la fin de l’année, même si vous n’avez pas vendu un seul satoshi. C’est ce qu’on appelle taxer les gains latents, ou pour le dire plus poétiquement : taxer le vent avant qu’il ne devienne une tempête de cash.
- Les Pays-Bas ont instauré une taxe sur la « richesse virtuelle », ciblant les gains latents de crypto-monnaies dès 2028.
- Cette réforme vise à alléger la pression budgétaire, mais crée un « piège de liquidité » pour les investisseurs, les forçant à vendre pour payer l’impôt.
L’absurdité du « Hold » puni par la loi
Pour tout investisseur crypto, le « HODL » est une religion. Mais aux Pays-Bas, cette piété pourrait bientôt coûter cher. Le projet de réforme de la « Box 3 » (la catégorie fiscale des actifs) prévoit que l’impôt ne se basera plus sur des rendements fictifs, mais sur la croissance réelle de votre patrimoine d’une année sur l’autre. Le taux évoqué ? Un solide 36 % sur le profit papier.
L’absurdité est criante : comment payer un impôt en monnaie sonnante et trébuchante sur un profit qui n’existe que sur un écran ? Si le marché s’effondre le 2 janvier après que vous avez payé votre taxe le 31 décembre, le fisc vous aura concrètement pris de l’argent que vous n’avez jamais possédé.

Une nuance budgétaire : Le piège de la liquidité
Nuançons toutefois ce tableau kafkaïen. Le gouvernement sortant d’Eugène Heijnen n’agit pas par pur sadisme fiscal, mais par urgence budgétaire. Le système précédent a été jugé illégal par la Cour suprême, et chaque jour de retard coûte 2,3 milliards d’euros à l’État. Taxer le « rendement réel » est censé être plus juste que l’ancien système de « rendement fictif ».
Cependant, une injustice flagrante demeure : les investisseurs immobiliers, eux, bénéficieraient d’un sursis. Ils ne paieraient qu’à la revente effective. Pourquoi ? Parce que taxer la hausse de valeur d’une maison chaque année sans que le propriétaire n’ait les liquidités pour payer créerait une crise sociale majeure. En revanche, le fisc considère que l’investisseur crypto ou boursier n’a qu’à vendre une partie de ses actifs pour payer sa dette. C’est ce qu’on appelle un « piège de liquidité » : on vous force à casser votre stratégie d’investissement pour alimenter le Trésor.
Vers un exode des investisseurs et une complexité accrue
La question de la complexité est également sur toutes les lèvres. Comme l’a souligné le député hollandais Peter Grinwis, on prétend simplifier le système alors qu’on injecte une dose massive de bureaucratie.
Suivre la valorisation précise de chaque actif au 31 décembre, gérer les reports de pertes (car oui, vous pourrez déduire vos pertes futures, mais l’argent de la taxe, lui, est déjà parti), va devenir un casse-tête comptable digne des Travaux d’Hercule.
Si cette loi passe, les Pays-Bas pourraient bien voir leurs cerveaux (et leurs portefeuilles) Web3 migrer vers des cieux plus cléments. Car après tout, si l’on commence à taxer ce que l’on ne possède pas encore, quelle sera la prochaine étape ?