Finance décentralisée (DeFi) : L’ACI de Marc Zeller quitte Aave sur fond de crise de gouvernance
« Qui est John Galt ? » Le paysage de la finance décentralisée (DeFi) traverse une zone de fortes turbulences avec l’annonce du départ de l’Aave Chan Initiative (ACI), l’un des piliers historiques et opérationnels du protocole Aave. Ce mardi 3 mars, Marc Zeller, fondateur de l’organisation, a officialisé la fin de son engagement auprès de l’Aave DAO, prévoyant une diminution progressive de ses activités sur les quatre prochains mois. Ce retrait intervient dans un climat de tensions extrêmes avec Aave Labs, l’entité de développement historique, suite à l’approbation d’une proposition de financement massive jugée « opaque et anticonformiste » par les partisans d’une gouvernance décentralisée stricte. Voici ce que l’on sait.
- Le départ de l’Aave Chan Initiative a été précipité par le vote controversé « Aave Will Win ».
- La dissolution de l’ACI marque une concentration inédite de pouvoir au sein du protocole soulevant des inquiétudes quant à la centralisation de la gouvernance.
Un départ précipité par le vote controversé « Aave Will Win »
L’élément déclencheur de cette rupture brutale est donc le succès de la proposition « Aave Will Win » (AWW) lors d’un vote préliminaire (Temp Check). Ce plan prévoit l’allocation d’un budget record de 42,5 millions de dollars en stablecoins, complété par 75 000 jetons AAVE, au profit d’Aave Labs.
Marc Zeller et l’ACI contestent vivement la légitimité de ce scrutin, affirmant que le résultat — une courte majorité de 52,58 % — a été sécurisé par des adresses directement liées à Aave Labs votant pour leur propre budget. Pour l’ACI, qui a piloté 61 % des actions de gouvernance ces trois dernières années et contribué à faire passer la part de marché du protocole de 50 % à plus de 65 %, cette situation crée ainsi un conflit d’intérêts insurmontable.
L’organisation estime qu’il n’y a plus de place pour un prestataire indépendant dans un écosystème où le principal bénéficiaire des fonds détient et utilise un pouvoir de vote occulte.

Une transition à haut risque pour le leader mondial du prêt DeFi
Le départ de l’ACI laisse cependant un vide structurel majeur pour Aave, qui gère actuellement environ 26,5 milliards de dollars de valeur totale verrouillée (TVL), soit près d’un tiers du marché DeFi mondial. Car l’organisation ne se contentait pas de voter ; elle gérait aussi les programmes d’incitation (101 millions de dollars déployés), la croissance du stablecoin GHO (passé de 35 à 527 millions de dollars) et les relations avec les délégués.
Marc Zeller a toutefois promis un « passage de relais gracieux » : l’ensemble des outils de monitoring, les tableaux de bord et les infrastructures de gouvernance développés par l’ACI seront rendus publics (open-source) ou transférés à la DAO. Ce retrait s’ajoute enfin à celui de BGD Labs, l’équipe technique derrière la version V3 du protocole, marquant une concentration inédite du pouvoir technique et financier entre les mains d’une seule entité, Aave Labs.
La dissolution de l’Aave Chan Initiative marque donc la fin d’une ère de contre-pouvoirs au sein de la plus grande banque décentralisée au monde. Si Aave Labs promet une accélération technologique avec la future version V4, le prix à payer semble être celui d’une centralisation accrue de la gouvernance. La capacité du protocole à maintenir la confiance des déposants institutionnels dépendra de sa capacité à prouver que cette nouvelle organisation ne sacrifie pas la transparence sur l’autel de l’efficacité opérationnelle. Le marché reste attentif à la réaction du jeton AAVE, qui pourrait subir une volatilité accrue durant cette période de transition de 120 jours.