La première raison pour laquelle (presque) personne ne paie en bitcoin

Bien sûr, HODL est déjà un comportement qui limite les dépenses dans la cryptosphère. Mais conserver précieusement ses bitcoins n’empêcherait pas de faire un ou deux petits achats ponctuels, s’il n’y avait pas un autre problème majeur : la taxation. Rares sont les crypto-paradis à ne pas taxer la conversion cryptoactifs vers monnaies fiat, et la France ne fait bien sûr pas partie de ces exceptions.

Les taxes : un frein majeur aux dépenses en cryptos

La férocité fiscale aux États-Unis est assez similaire à celle régnant en France, il est donc intéressant de faire un parallèle avec un article sur le sujet, paru sur LongHash.

Les taxes constituent en effet un blocage majeur à l’usage quotidien de Bitcoin et autres altcoins. Elles viennent s’ajouter aux problèmes de la volatilité importante des cryptos, et au fait que l’on préfère thésauriser une bonne monnaie qui va prendre de la valeur (comme l’or autrefois et Bitcoin désormais avec le HODL) et dépenser à la place une mauvaise monnaie inflationniste, qui perd de la valeur avec le temps (comme le dollar ou l’euro).

Et il ne s’agit pas seulement de la volonté de respecter ces règles de taxation. Même sans vouloir être resquilleurs : ceux qui souhaitent en toute bonne foi payer leurs impôts sur leurs paiements en bitcoin s’exposent à un mal de crâne majeur s’ils veulent tenir à jour la comptabilité de toutes ces petites dépenses (et des impôts qui en découlent).

En effet, comme nous l’expliquions dans ce précédent article, tout comme aux États-Unis, le fait de convertir des cryptos en euros (ou dans n’importe quelle monnaie ayant cours légal, comme le dollar) en France  est un événement imposable. Dans notre belle “crypto-nation”, la taxation sur la plus-valuedifférence entre l’achat fiat>crypto et la revente crypto>fiat – peut aller jusqu’à la flat tax de 30% au maximum (avec 17,2% au minimum si l’on n’est pas imposé sur le revenu).

Le fait de céder ses cryptos contre un bien ou service ayant une contre-valeur en euros étant également un fait générateur d’impôt… imaginez l’infini casse-tête déclaratif si vous achetez votre baguette de pain quotidienne en BTC.

À part l’expatriation, des solutions en vue ?

Actuellement, les pays où de tels crypto-enfers fiscaux n’existent pas se comptent presque sur les doigts d’une main : Portugal, Singapour, Biélorussie par exemple. Mais il n’est peut-être pas nécessaire de se préparer à partir dans un autre pays.

Déjà, une autre solution est imaginable par les stablecoins. Ces derniers sont généralement adossés à une monnaie fiduciaire, comme l’USDT de Tether avec le dollar américain. Dans ce cas et pour prendre un exemple, il est courant qu’à l’achat 1000 USDT puissent valoir 1000,05$, et se retrouvent ensuite à valoir 999,95$ à la revente (ou en tout cas, un peu moins que la somme initiale). Dans ce cas, pas de plus-value, pas de taxes associées, pas de prise de tête comptable.

« Ce que nous avons remarqué avec les stablecoins en général, c’est qu’on se retrouve toujours avec une très légère perte en raison des frais payés pour les acquérir, et que leur valeur [par définition] ne change pas (ou très peu) », Robin Singh, CEO de Koinly

Attention toutefois, il ne faudrait pas dans ce cas convertir directement de l’USDT à l’euro. En effet, en cette période de dégringolade du cours de l’euro face au dollar, il n’est malheureusement pas exclu, pour une longue période de détention, qu’il y ait une bête petite plus-value dûe à la force du billet vert contre la monnaie unique, ce qui suffirait à recréer l’événement d’imposition. Il vaut mieux dans ce cas utiliser un stablecoin basé sur sa monnaie locale.

Une autre solution, pour le coup très (trop ?) transparente, serait d’utiliser des programmes logiciels de transmission automatique de chaque dépense. Une telle automatisation des déclarations (et calculs) est toujours imaginable, mais loin d’être idéale pour le respect de la vie privée.

La dernière solution, et de loin la meilleure, serait de revoir les lois concernant les cryptomonnaies, et de les considérer d’une manière similaire aux monnaies à cours légal, pour éviter toute histoire de plus-value. Mais c’est aussi malheureusement la solution la plus compliquée à faire adopter par les politiques.

Les gouvernements les plus hostiles à l’utilisation courante des cryptos peuvent ainsi freiner leur adoption de masse par ces simples taxes. À l’inverse, les pays qui se voudront les plus crypto-friendly ne feront pas subir ces interminables lourdeurs comptables et fiscales à leurs citoyens.

Rémy R.

Issu d’une formation universitaire en Sciences, je m’intéresse aux blockchains et à Bitcoin depuis 2013 et en ai même miné à l’époque. La bulle qui s'en est suivie m'en a détourné, mais je m'y suis replongé depuis 2017 et les étudie depuis avec passion.