La Fed remonte ses taux pour la première fois depuis 2023, Bitcoin retient son souffle
Don’t fight the Fed. Wall Street a un adage pour ça : ne jamais aller contre la Fed. Cette fois, c’est elle qui change de sens. La Réserve fédérale américaine vient de trancher : ses taux directeurs remontent de 25 points de base, à 3,75-4,00 %. C’est sa première hausse depuis juillet 2023, après six baisses consécutives et environ 175 points de base rendus depuis.
Le marché avait déjà presque tout digéré la nouvelle avant qu’elle ne tombe. Reste que la crypto, elle, encaissait un coup dur depuis l’échec du CLARITY Act au Sénat mardi soir. Deux chocs en 48 heures. Ça laisse des traces.
- La Réserve fédérale a surpris avec une augmentation historique de ses taux directeurs après six baisses consécutives, choquant le marché.
- Le dot plot de la Fed a révélé des projections inquiétantes, avec une inflation bien supérieure à l’objectif, laissant présager une nouvelle hausse de taux d’ici décembre.
Fed : la hausse de taux votée à l’unanimité
Le verdict est tombé à 20 heures, heure de Paris. Le communiqué officiel du FOMC ne laisse aucune place au doute : le comité de politique monétaire relève la fourchette cible des Fed Funds à 3,75 %-4,00 %. Le vote est unanime, 12 voix contre 0, et confirme la fermeté du message. Pas la moindre dissidence, à l’inverse du statu quo voté à neuf voix contre trois en juillet.
Le texte reste cependant sobre. L’activité économique « s’étend à un rythme solide » (expanding at a solid pace), les créations d’emplois suivent le rythme de la main-d’œuvre. Mais l’inflation, elle, « demeure élevée » (inflation remains elevated). Cette hausse doit permettre « un retour plus rapide » vers l’objectif de 2 % (a timelier return to the 2 percent goal).
Le terrain était bien préparé, il faut dire. Les ventes au détail américaines d’août ont rebondi de 1,2 %, un sacré retournement après le recul de 0,6 % de juillet. Par ailleurs, le chiffre vient du Bureau du recensement américain (Census Bureau). De quoi convaincre les derniers indécis du comité que l’économie pouvait encaisser un tour de vis supplémentaire.
« Le Comité fédéral de l’open market a approuvé la déclaration suivante pour publication par 12 voix – 0 : Le Comité a décidé d’augmenter la fourchette cible du taux des fonds fédéraux de 1/4 point de pourcentage à 3-3/4 à 4 pour cent, en soutien au double mandat de la Réserve fédérale.
Le Comité poursuit sa politique de maintien de réserves importantes dans le système bancaire. L’activité économique se développe à un rythme soutenu. Même si l’incertitude reste élevée en raison, en partie, de l’évolution géopolitique, les dépenses intérieures ont été résilientes.
La croissance de la productivité est forte et les investissements en capital sont robustes. Les créations d’emplois ont suivi le rythme de la population active et le taux de chômage a peu changé.
L’inflation reste élevée. Les mesures politiques prises aujourd’hui favoriseront un retour plus rapide à l’objectif de 2 % fixé par le Comité. Le Comité assurera la stabilité des prix.»
Dot plot : une nouvelle hausse se profile avant la fin de l’année
Voilà le vrai morceau. Le dot plot, un nuage de points où chaque membre du comité indique où il voit les taux dans les mois à venir, vient d’être publié. Il figure, en même temps que la décision, dans le Summary of Economic Projections (SEP) de la Fed. Et il ne va pas rassurer les optimistes.
La médiane ressort à 4,1 % pour la fin 2026. Traduction : un nouveau relèvement de 25 points de base est déjà envisagé d’ici décembre. La trajectoire reste ensuite plate en 2027, toujours à 4,1 %. Elle redescend ensuite progressivement : 3,9 % en 2028, puis 3,6 % en 2029.
Autre chiffre qui pique : l’inflation PCE (l’indice préféré de la Fed) est désormais projetée à 3,7 % pour 2026. Soit près du double de l’objectif de 2 %. Par ailleurs, l’inflation sous-jacente (core PCE) grimpe à 3,4 %.
Bitcoin, le CLARITY Act et la Fed : la semaine de trop
Avant l’annonce, le cours du Bitcoin traînait sous les 76 000 $. Loin des 79 500-80 000 $ affichés il y a quelques jours à peine. La cryptomonnaie reine cumulait déjà les mauvaises nouvelles : l’échec du CLARITY Act mardi, des rendements obligataires qui grimpent, une prime de risque qui s’épaissit.
Une hausse de taux à elle seule ne change pas grand-chose. Le marché l’attendait à plus de 90 % de probabilité depuis des semaines, via l’outil CME FedWatch. Ce qui inquiète davantage, c’est ce nouveau tour de vis annoncé pour décembre.
Sur la seule heure qui a suivi l’annonce, la heatmap de liquidations donne déjà le ton : environ 21,4 millions de dollars de positions liquidées sur Zcash, 20 millions sur Ether, et près de 14 millions sur Bitcoin. Un accueil plus nerveux que ce que le « déjà pricé à 90 % » laissait supposer.

La conférence de Kevin Warsh
Lors de sa conférence de presse, Kevin Warsh a confirmé la tonalité du communiqué. Le président de la Fed assume la hausse. En effet, le comité a jugé que son propre critère, fixé fin août au symposium de Jackson Hole, n’était pas rempli. Ce critère, c’est la certitude que l’inflation sous-jacente converge vers l’objectif de 2 %, clairement et à une vitesse suffisante. Faute de cette certitude, la Fed a choisi de retirer, selon ses mots, «une dose d’accommodation».
Kevin Warsh estime que la hausse de taux décidée aujourd’hui était la bonne décision pour assurer la stabilité des prix, soutenue selon lui par la solidité de l’économie américaine.
Il estime aussi que la Fed n’a pas encore suffisamment confiance dans un retour durable de l’inflation vers 2 %. Interrogé sur de nouvelles hausses de taux, il refuse de donner une trajectoire à l’avance.
Inflation persistante, ton pourtant optimiste
Sur les chiffres, Warsh souligne que l’inflation dépasse l’objectif depuis plus de cinq ans et que l’été n’a rien montré de rassurant. Le PCE total ressortirait autour de 3,6 % sur douze mois en août, le cœur du PCE à 3,2 % et le CPI sous-jacent à 2,4 %. Il pointe aussi la remontée récente des prix des matières premières, un facteur de vigilance supplémentaire selon lui.
Le ton reste toutefois loin d’être alarmiste. Warsh évoque un marché du travail solide (chômage à 4,1 %, créations d’emplois et heures travaillées en hausse) et un «esprit d’optimisme» ressenti au sein du comité ces deux derniers jours, porté par la résilience de l’économie américaine face aux chocs géopolitiques. Il rappelle son engagement, pris dès son premier FOMC en tant que président en juin, envers l’objectif de 2 % d’inflation PCE.
Enfin, il conclut sur le double mandat de la Fed : plein emploi et stabilité des prix, au service, insiste-t-il, des ménages les moins favorisés, premiers bénéficiaires d’une expansion durable.
Cette hausse referme une parenthèse ouverte à l’été 2023, celle d’un cycle de baisses de taux devenu intenable face à une inflation qui refuse de plier. Elle en ouvre une autre, plus incertaine, où chaque donnée pèsera directement sur la suite. Le rendement du 10 ans américain à 5 % avait déjà donné le ton avant même que le FOMC ne se prononce : le marché obligataire, lui, avait tranché depuis longtemps.
La Banque du Japon se prononce vendredi. Si Tokyo emboîte le pas à Washington, Bitcoin devra digérer deux resserrements monétaires majeurs en moins de 72 heures. Le calme d’avant l’orage, en somme. Version 2026.