NFT en chute libre : Les géants Nike et NFT Paris jettent l’éponge
Chute libre. On ne va pas se mentir. L’ambiance n’est plus aux coupes de champagne tiède et aux soirées jet-set remplie de petits fours healthy pour célébrer des singes pixélisés. En ce début d’année 2026, le secteur des NFT ressemble furieusement à un lendemain de fête difficile où l’on compte les verres brisés et les promesses non tenues. Entre aveux d’échec et sorties par la petite porte, les signaux d’alarme clignotent en rouge écarlate sur les tableaux de bord.
Alors, faut-il ranger les JPEG au rayon des antiquités et préparer l’oraison funèbre de son wallet ? Ou reste-t-il, au milieu des décombres, une petite lueur d’espoir pour sauver le soldat NFT ? Entre réalités économiques, mutations externes et changement de tendance, on fait le point.
L’hécatombe parisienne : Quand le rideau tombe sur NFT Paris
C’est un séisme pour la « Crypto-France ». NFT Paris, le rendez-vous qui se targuait d’être le plus grand événement du genre au monde, a annoncé l’annulation pure et simple de son édition 2026.
Après quatre ans à faire briller le Web3 sous les dorures parisiennes, le manque de liquidités et l’effondrement des volumes ont eu raison des ambitions de l’organisation.
Comprenons bien. On pourrait se dire : « Après tout, ce n’est qu’un salon B2B de plus qui ferme ». Mais ce serait mal comprendre la place de Paris dans cet écosystème. Contrairement à Dubaï ou Singapour, très tournés vers la finance pure et dure, Paris était le cœur battant de la trend Art & Luxe. C’était là que les artistes numériques rencontraient les grandes maisons, là où l’on essayait de prouver que le NFT n’était pas qu’un outil spéculatif, mais un nouveau support culturel.
« L’effondrement du marché nous a durement touchés. Malgré des réductions drastiques des coûts et des mois passés à essayer de faire en sorte que cela fonctionne, nous n’avons pas pu y parvenir cette année.
Tous les billets seront remboursés dans les 15 jours. À ceux d’entre vous qui avaient déjà réservé des vols et des hôtels — nous sommes vraiment désolés. Nous savons à quel point c’est frustrant. »
Nike x RTFKT : Chronique d’un divorce en « catimini »
L’annulation de NFT Paris n’est pas la seule ombre au tableau en ce début d’année 2026. Dans la semaine, la série noire a continué. Nike a revendu RTFKT (prononcez « Artifact », soit artefact en français) en décembre dernier, sans tambour ni trompette. On est loin de l’euphorie de 2019 quand John Donahoe, l’ancien CEO, rachetait le studio à prix d’or. Le Journal du Coin titrait alors : NIKE s’offre la pépite RTFKT et rentre dans la méta-course.
RTFKT aura tout de même marqué l’histoire des NFT avec des collections à succès comme CloneX qui a généré plus d’1,5 milliard de dollars de volume d’échange selon The Block Research. Le projet se classe même à la neuvième place des projets NFT par revenus selon DeFiLlama avec près de 50 millions de dollars de revenus totaux. Mais cela n’aura pas suffi à convaincre Nike de poursuivre l’aventure.
Mais, sous la houlette du nouveau patron Elliott Hill, Nike fait le ménage et se recentre sur son cœur de métier : le sport et le physique. Certes, le géant garde un pied dans le virtuel via Fortnite ou EA Sports, mais les NFT de sneakers à 3 ETH, c’est de l’histoire ancienne. Un investisseur a même porté plainte, estimant que Nike a « tiré le tapis » (le fameux rug pull) sous les pieds des collectionneurs.

OpenSea, Ordinals et Bull Run : L’espoir fait vivre ?
Pour nuancer ce tableau un peu sombre, tout n’est pas à jeter aux orties. Si les volumes sur OpenSea ont encore glissé de près de 28 % sur un an, la plateforme prépare sa riposte. Le lancement imminent du token SEA (prévu pour le premier trimestre 2026) pourrait redonner un coup de fouet à la fidélité des utilisateurs.
De son côté, Bitcoin ne se laisse pas abattre. Les « Ordinals » (les NFT sur Bitcoin) continuent de drainer une communauté de puristes, prouvant que les NFT ont peut-être encore un sens quand ils s’appuient sur la blockchain la plus solide au monde. Ce rapport de novembre 2025 de 101 Blockchains intitulé Crypto Bull Run 2026: Major Trends and Insights reste d’ailleurs optimiste : le Bull Run 2026 ne sera pas celui de la spéculation débile, mais celui de l’utilité.
Les RWA, la bouée de sauvetage des NFT ?
Si le secteur des objets de collection pur jus boit la tasse, un autre navire commence à pointer le bout de son nez : celui de l’utilité réelle. C’est le grand enseignement du rapport de 101 Blockchains. On change de paradigme. Fini les promesses de « métavers » flous, technologiquement limités, place à la tokenisation d’actifs tangibles, les RWA.
L’idée ? Utiliser la technologie NFT non plus pour posséder un dessin de chat, mais pour fractionner un immeuble, authentifier une montre de luxe ou gérer des passeports via des jumeaux numériques. En 2026, la tendance est claire : les investisseurs ne veulent plus de vent, ils veulent du béton (au sens propre). Le NFT devient un outil invisible, une infrastructure, et perd son côté « gadget » pour devenir un standard de propriété.
La fin du folklore, le début du sérieux ?
Alors, faut-il enterrer les NFT ? Si l’on parle de l’époque où n’importe quel JPEG s’envolait pour des sommes indécentes, la réponse serait : « peut-être ». L’annulation de NFT Paris et le divorce Nike x RTFKT marquent la fin d’un folklore spéculatif qui a fini par s’essouffler.
Mais au milieu des décombres, une lueur d’espoir persiste. Le marché est en train de s’assainir. Entre l’arrivée imminente du jeton SEA d’OpenSea pour ramener de la liquidité et l’essor des RWA, le secteur reste à surveiller. Les NFT de demain seront peut-être moins « flashy » et moins jet-set, mais ils seront surement plus utiles. Mais pour les JPEG de collection, la gueule de bois risque de durer encore un moment.