Cryptomonnaies : Peut-on battre le marché avec le market making ?
Le market making et le grid trading donnent souvent l’impression d’une stratégie presque évidente.
Le raisonnement est simple : si le marché oscille, alors il suffit de capter ces oscillations pour générer un rendement régulier.
Mais une question reste centrale : est-ce que ce type de stratégie permet réellement de battre le marché sur le long terme ?
La réponse est moins intuitive qu’il n’y paraît.
Les modèles disent qu’on peut gagner sur le spread si l’inventaire est tenu ; tout le cycle dit que les grandes phases directionnelles comptent encore, surtout en crypto.
Pour une lecture qui tient récolte d’oscillations et risque de régime dans le même cadre, la page sur la stratégie Neutralis le présente simplement.
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Ce que disent les modèles théoriques
Dans la littérature académique, le market making est étudié depuis longtemps, notamment à travers des modèles comme celui d’Avellaneda et Stoïkov.
Ces travaux montrent qu’un market maker peut générer un rendement en capturant le spread, à condition de gérer correctement son inventaire et d’ajuster ses prix en fonction de la volatilité.
Dans ces modèles, le rendement attendu dépend principalement de trois facteurs :
- le niveau de volatilité ;
- la fréquence des échanges ;
- la capacité à contrôler l’exposition.
Dans un environnement stable, les résultats sont clairs : la stratégie peut produire un rendement positif, souvent de quelques points de pourcentage au-dessus d’une position neutre.
Mais ces résultats reposent sur des hypothèses fortes.
Ces modèles supposent généralement…
- un marché liquide ;
- une volatilité relativement stationnaire ;
- surtout, des mouvements réversibles.
Autrement dit, ils supposent implicitement que le prix revient régulièrement vers une zone d’équilibre.
Or, ce n’est pas toujours le cas.
Ce que montrent les backtests et l’expérience réelle
Lorsque l’on applique ces stratégies sur des données réelles, les résultats sont beaucoup plus contrastés.
Sur des périodes latérales, certaines stratégies de grid trading peuvent générer entre 10 et 30 % annualisés, avec une volatilité modérée.
Mais dès que le marché entre dans une tendance prolongée, la situation change.
Sur des phases fortement haussières, ces stratégies sous-performent souvent un simple buy and hold, car elles vendent progressivement leur exposition.
Sur des phases fortement baissières, elles peuvent enregistrer des pertes importantes en accumulant un actif en baisse.
Des analyses empiriques montrent que sur des cycles complets, les performances sont très dépendantes du timing d’entrée et du régime de marché.
Comprendre ces dynamiques en détail
Une conférence Neutralis présente les stratégies quantitatives qui exploitent la volatilité crypto tout en limitant la dépendance à une direction unique.
La vraie réponse : oui… mais pas comme on l’imagine
Oui, il est possible de battre le marché avec du market making.
Mais seulement dans certains contextes.
Et surtout, pas de manière constante.
Une stratégie pure de grid trading peut surperformer dans des marchés latéraux ou irréguliers.
Mais elle a tendance à sous-performer dans les phases de tendance forte, qui sont justement celles qui génèrent une grande partie de la performance du marché crypto.
C’est ce point qui est souvent ignoré.

Un exemple simple pour comprendre
Prenons deux investisseurs sur une période donnée.
Le premier adopte une stratégie de grid trading.
Le second reste exposé en buy and hold.
Si le marché oscille pendant plusieurs mois, la stratégie de grid peut générer un rendement régulier, tandis que le buy and hold stagne.
Mais si le marché enchaîne ensuite une hausse de 100 %, le buy and hold capte l’intégralité du mouvement.
La stratégie de grid, elle, aura progressivement réduit son exposition.
Sur l’ensemble du cycle, elle peut donc sous-performer, malgré de bonnes performances intermédiaires.
Pourquoi les acteurs professionnels ne s’arrêtent pas là
C’est précisément pour cette raison que les desks professionnels n’utilisent presque jamais des grilles « pures ».
Ils combinent plusieurs approches.
Le market making est utilisé pour capter la volatilité, mais il est encadré par des mécanismes de gestion du risque, voire de couverture.
L’objectif n’est pas simplement de générer du rendement localement.
Il est de contrôler la trajectoire globale.
Une évolution logique des stratégies
Avec le temps, une forme de consensus s’est imposée.
Les stratégies basées uniquement sur les oscillations sont efficaces… mais incomplètes.
Elles doivent être intégrées dans un cadre plus large, capable de s’adapter aux différents régimes de marché.
C’est cette évolution qui a donné naissance à des approches hybrides, combinant exploitation de la volatilité et gestion de l’exposition directionnelle.
Ce que cela change pour un investisseur
La question n’est donc pas simplement de savoir si une stratégie peut battre le marché.
Mais dans quelles conditions elle le peut… et à quel prix.
Une stratégie peut afficher de bons résultats pendant plusieurs mois, puis perdre cet avantage lorsque le contexte change.
C’est cette variabilité qui doit être comprise.
Une approche différente
Certaines stratégies cherchent justement à répondre à cette limite.
Elles conservent l’intérêt du market making, mais y ajoutent des mécanismes visant à réduire la dépendance aux phases directionnelles.
L’objectif n’est plus seulement de capter les oscillations.
Il devient de lisser la performance sur des environnements différents.
C’est notamment la logique suivie par la stratégie Neutralis, qui s’inscrit dans cette approche plus structurée.
Le market making n’est ni une solution miracle, ni une stratégie inefficace.
C’est un outil.
Bien utilisé, il peut générer du rendement.
Mal encadré, il peut devenir fortement dépendant du marché.
Comprendre cette nuance, c’est déjà éviter l’une des erreurs les plus fréquentes en crypto : croire qu’une stratégie fonctionne… simplement parce qu’elle a bien fonctionné récemment.