Ethereum Strawmap : Tout comprendre à la grande mise à jour du réseau d’ici 2029
4 questions, 3 points essentiels et 3 moments. Vous avez sans doute vu passer l’information ce mois-ci : la Fondation Ethereum a publié une « Strawmap », une proposition de feuille de route pour le Layer 1 (la couche de base du réseau) jusqu’en 2029. Elle évoque sept forks majeurs, une finalité des transactions en quelques secondes, une résistance aux ordinateurs quantiques et une confidentialité native. Pour beaucoup, ces termes techniques restent opaques malgré l’enthousiasme ambiant. On vous explique tout simplement dans cet article. Mais, en bref, Strawmap c’est 4 questions, 3 points essentiels et 3 moments. Récapitulons.
- La Fondation Ethereum a publié une « Strawmap », une proposition de feuille de route jusqu’en 2029, évoquant sept forks majeurs et des évolutions technologiques révolutionnaires.
- Ethereum cherche à devenir une infrastructure rapide, privée et résistante aux futurs ordinateurs quantiques pour soutenir une économie mondiale décentralisée.
La Strawmap d’Ethereum en 4 questions
1. Qu’est-ce que la Strawmap exactement ?
La Strawmap (contraction de « strawman », une proposition provisoire pour lancer le débat, et « roadmap ») est un document visuel publié par l’équipe Protocol de la Fondation Ethereum. Il s’agit d’une infographie timeline qui trace un chemin possible pour les mises à jour du réseau principal de 2026 à 2029 et au-delà. Vous pouvez l’observer ci-dessous.

Notons bien tout de même ici que ce n’est pas un plan officiel imposé à la communauté. Ethereum fonctionne sur un consensus décentralisé : cette Strawmap est un outil de coordination pour aligner les chercheurs, développeurs et contributeurs sur des priorités communes.
Ce faisant, elle organise sept forks (mises à jour protocolaires majeures) espacés d’environ six mois, structurés en trois couches :
- Consensus Layer (orange),
- Data Layer (vert),
- Execution Layer (bleu).
Les flèches indiquent les dépendances techniques entre upgrades.
2. Pourquoi Ethereum lance-t-il ce plan maintenant ?
Aujourd’hui, Ethereum est sécurisé et décentralisé, mais ses performances restent limitées pour des usages quotidiens : un nouveau bloc toutes les 12 secondes, et une transaction considérée comme irréversible (finalité) seulement après environ 16 minutes en moyenne. C’est trop lent comparé aux systèmes centralisés (Visa, paiements mobiles instantanés par exemple).
À cela s’ajoute une menace à long terme : les ordinateurs quantiques pourraient, dans 10 à 20 ans, casser certaines signatures cryptographiques actuelles. La Strawmap vise à transformer Ethereum en une infrastructure capable de supporter une économie mondiale décentralisée : rapide, privée et résiliente face aux évolutions technologiques futures.
3. Que signifient les 5 « étoiles polaires » (North Stars) en termes simples ?
Ces cinq objectifs guident l’ensemble du plan comme nous l’expliquons sur ce post disponible sur notre compte de suivi d’actualité gratuit sur Telegram :
- Fast L1 : réduire la finalité des transactions de 16 minutes à quelques secondes (idéalement 6 à 16 secondes). C’est comme passer d’un virement bancaire de plusieurs jours à un paiement instantané via votre application bancaire mobile.
- Gigagas L1 : atteindre environ 10 000 transactions par seconde sur le Layer 1 principal, grâce à des zkEVM (machines virtuelles zero-knowledge) et des preuves en temps réel.
- Teragas L2 : porter la capacité globale des Layer 2 à 10 millions de TPS via le data availability sampling (une technique pour vérifier les données sans tout télécharger).
- Post-Quantum L1 : adopter une cryptographie résistante aux attaques quantiques, basée sur des schémas hash (plus simples et déjà éprouvés).
- Private L1 : intégrer nativement la confidentialité sur le Layer 1, avec des transferts ETH « shielded » (protégés), sans révéler publiquement les montants ou les historiques.
4. Est-ce que tout cela va vraiment se réaliser ?
C’est une proposition ouverte, pas une promesse. La communauté Ethereum débat, teste et ajuste via les All Core Devs calls et les EIPs (Ethereum Improvement Proposals).
Certains éléments arriveront plus tôt, d’autres seront modifiés ou abandonnés. L’important est que ce document aide à prioriser la recherche plusieurs années à l’avance.
3 points essentiels à retenir pour le futur d’Ethereum
La vitesse et la réactivité deviennent prioritaires
Le plan vise à découpler deux mécanismes distincts du réseau : d’une part la production de blocs (appelés « slots »), qui correspond au rythme régulier auquel un nouveau bloc est proposé par un validateur, et d’autre part la finalité, c’est-à-dire le moment où une transaction ou un bloc devient irréversible et définitivement inscrit dans la blockchain, sans aucun risque de réorganisation ou d’annulation ultérieure.
Aujourd’hui, les slots sont fixés à 12 secondes, ce qui donne un battement de cœur constant au réseau, tandis que la finalité prend environ 16 minutes en moyenne. Selon la trajectoire proposée dans la Strawmap, les slots pourraient être réduits progressivement à 2-4 secondes par étapes incrémentales (12 s → 8 s → 6 s → 4 s → 3 s → 2 s), grâce à des optimisations comme l’erasure coding qui accélèrent la propagation des blocs sans compromettre la sécurité.
Parallèlement, la finalité pourrait descendre à 6-16 secondes grâce à un mécanisme de consensus plus simple et efficace appelé Minimmit, une variante BFT (Byzantine Fault Tolerant) qui parvient à un accord en un seul round de votes entre validateurs, au lieu des multiples rounds actuels.
Résultat concret pour l’utilisateur : une transaction pourrait être confirmée et irréversible en quelques secondes seulement, comparable à un paiement par carte bancaire ou un virement instantané via une application mobile, plutôt qu’attendre un quart d’heure pour être certain qu’elle ne sera pas annulée.
Confidentialité et résistance quantique sans compromis
Ethereum prévoit d’intégrer la confidentialité native directement sur le Layer 1 via des shielded transfers (transferts masqués) : cela permettrait d’envoyer et de recevoir de l’ETH sans révéler publiquement les montants, les adresses impliquées ou l’historique des transactions.
Actuellement, la transparence totale de la blockchain protège contre la censure, mais expose les utilisateurs dans des contextes nécessitant de la discrétion (paiements sensibles, stratégies DeFi privées).
Avec Private L1, la privacy deviendrait une fonctionnalité de base du protocole, réduisant la dépendance à des solutions tierces potentiellement risquées. En parallèle, le réseau anticipe la menace des ordinateurs quantiques en migrant progressivement vers des signatures hash-based, considérées comme résistantes aux attaques quantiques, car elles reposent sur la robustesse des fonctions de hachage plutôt que sur des problèmes mathématiques vulnérables (comme ceux cassables par l’algorithme de Shor).
Cette transition se fait par étapes incrémentales, à l’image du « navire de Thésée », où l’on remplace les pièces vulnérables une à une sans arrêter le navire – pour aboutir à un consensus plus simple, STARK-friendly et durable sur des siècles. En cas d’émergence soudaine d’un ordinateur quantique hostile, un recovery fork d’urgence pourrait activer rapidement les nouvelles primitives, tandis que la séparation slots/finalité permettrait au réseau de continuer à produire des blocs de manière résistante même si la finalité met plus de temps à se sécuriser pleinement.
Layer 1 et Layer 2 évoluent ensemble
Au lieu de tout miser sur les Layer 2 pour scaler, le Layer 1 devient plus performant (Gigagas L1 : environ 10 000 TPS via zkEVM et preuves en temps réel) et privé (Private L1), tandis que les Layer 2 gèrent l’échelle massive (Teragas L2 : jusqu’à 10 millions de TPS grâce au data availability sampling, une technique pour vérifier les données sans tout télécharger).
Résultat : un écosystème plus cohérent et harmonieux, avec des frais maîtrisés, une scalabilité accrue et une expérience utilisateur unifiée – le Layer 1 servant de base solide et sécurisée, les Layer 2 amplifiant le volume sans alourdir la chaîne principale.
3 moments phares / étapes à surveiller
2026 : les forks Glamsterdam et Hegotá
Glamsterdam cible la performance (ePBS pour la séparation Proposer-Builder, BALs pour l’optimisation de l’exécution). Hegotá introduit les premiers éléments post-quantiques (nouvelles signatures). Ce sont les premiers pas concrets de la cadence accélérée.
La réduction progressive du slot time
Vitalik Buterin détaille une trajectoire incrémentale : 12 s → 8 s → 6 s → 4 s → 3 s → 2 s (réduction d’environ 29 % à chaque étape, inspirée de √2). Chaque palier est testé pour garantir la sécurité et la décentralisation, aidé par des techniques comme l’erasure coding (division des blocs en fragments pour une propagation plus rapide).
Le passage final à une finalité ultra-rapide et post-quantique (2028-2029)
Couplage du nouveau consensus Minimmit avec les changements cryptographiques. C’est la phase la plus transformative : le réseau produira des blocs rapidement même si la finalité met plus de temps à se sécuriser pleinement en cas d’urgence quantique.
La Strawmap montre qu’Ethereum continue d’évoluer sans se reposer sur ses acquis. En rendant le Layer 1 plus rapide, plus privé et résistant aux menaces futures, elle pose les bases d’une infrastructure capable de devenir invisible pour l’utilisateur final : un transfert instantané, sécurisé, discret et inaltérable.
Reste que tout dépendra du consensus communautaire. Suivez les discussions sur les forums Ethereum, les threads de Vitalik Buterin,les appels All Core Devs et bien sur Le Journal du Coin pour voir comment cela se concrétise.